
La réponse courte. « Freelance » n'est pas un statut juridique : c'est une façon de travailler, que vous pouvez exercer en micro-entreprise, en entreprise individuelle au réel, en EURL, en SASU ou en portage salarial. La micro-entreprise convient pour démarrer avec peu de frais et un chiffre d'affaires sous 83 600 € en prestations de services. L'EI au réel prend le relais quand vos frais pèsent lourd. L'EURL et la SASU servent à structurer une activité qui tourne bien, avec deux régimes sociaux très différents. Le portage salarial, enfin, vous garde salarié, chômage compris, contre des frais de gestion et des cotisations plus élevées.
Vous lancez votre activité de consultant, de développeur, de traducteur ou de formateur, et tout le monde vous parle de « statut freelance » comme s'il existait une case unique à cocher. Elle n'existe pas. Le mot désigne un indépendant qui vend ses compétences à plusieurs clients, et le droit français vous laisse cinq grandes façons de le faire.
Je reçois souvent des freelances qui ont choisi leur statut sur un conseil entendu en soirée, et qui découvrent deux ans plus tard qu'ils paient trop de cotisations ou qu'ils n'ont aucune couverture. Dans cet article, je vous donne la vue d'ensemble : ce que chaque option implique en 2026, pour qui elle est faite, et à quel moment en changer. Si vous avez déjà écarté la micro et le portage et que vous hésitez entre les deux sociétés, le duel détaillé entre SASU et EURL va plus loin, cas chiffré à l'appui. Pour le détail de notre accompagnement, la page expert-comptable freelance présente notre façon de travailler.
Quels sont les statuts possibles pour un freelance ?
Avant d'entrer dans le détail, voici le paysage. Les trois premières options vous rendent indépendant au sens social, la SASU vous rattache au régime général des salariés sans chômage, et le portage vous rend salarié à part entière.
| Option | Régime social | Imposition | Ce qu'on paie | Pour qui |
|---|---|---|---|---|
| Micro-entreprise | Travailleur indépendant | IR après abattement forfaitaire, ou versement libératoire | Un pourcentage du chiffre d'affaires encaissé | Démarrage, peu de frais |
| EI au réel | Travailleur indépendant | IR sur le bénéfice réel (option IS possible) | Cotisations sur le bénéfice | Frais importants, pas d'envie de société |
| EURL | Gérant travailleur indépendant | IR par défaut, option IS | Cotisations sur la rémunération | Revenu régulier, coût social bas |
| SASU | Président assimilé salarié | IS par défaut | Cotisations seulement si vous vous rémunérez | Dividendes, revenus irréguliers |
| Portage salarial | Salarié porté (régime général, chômage compris) | Salaire imposé à l'IR | Frais de gestion et cotisations salariales et patronales | Missions de conseil ou d'expertise, envie de sécurité |
La micro-entreprise : le statut freelance pour démarrer
C'est le point d'entrée de la plupart des freelances, et pour de bonnes raisons. L'inscription est simple, la comptabilité se résume à un livre des recettes (plus un registre des achats si vous vendez des marchandises), et vos cotisations sociales sont un pourcentage de ce que vous encaissez : pas de chiffre d'affaires, pas de cotisations.
Les taux de cotisations 2026
| Activité | Taux de cotisations sociales 2026 | Versement libératoire de l'impôt (option) |
|---|---|---|
| Vente de marchandises (BIC) | 12,3 % | 1 % |
| Prestations de services commerciales ou artisanales (BIC) | 21,2 % | 1,7 % |
| Prestations de services et activités libérales non réglementées (BNC) | 25,6 % | 2,2 % |
| Professions libérales réglementées relevant de la Cipav | 23,2 % | 2,2 % |
Ces taux s'entendent hors contribution à la formation professionnelle. La plupart des consultants, développeurs et traducteurs freelances relèvent de la ligne BNC à 25,6 %. Si vous débutez et que vous êtes éligible à l'ACRE, une réduction s'applique la première année : les conditions ont changé en 2026, elles se vérifient au moment de la création.
Côté impôt, vous avez le choix entre deux formules. Soit votre chiffre d'affaires est ajouté à vos autres revenus après un abattement forfaitaire (34 % en BNC, 50 % pour les prestations BIC, 71 % pour la vente), soit vous optez, sous condition de revenu fiscal de référence, pour le versement libératoire, qui règle l'impôt en même temps que vos cotisations.
Les limites de la micro-entreprise
Le régime est plafonné : en 2026, 83 600 € de chiffre d'affaires pour les prestations de services et 203 100 € pour la vente. Le dépassement obéit à une règle des deux années consécutives que j'explique dans l'article sur le plafond de la micro-entreprise.
L'autre limite, plus sournoise, est l'absence de charges déductibles. Ordinateur, logiciels, coworking, déplacements, formation : rien de tout cela ne vient réduire vos cotisations, qui portent sur le chiffre d'affaires brut. L'abattement fiscal est censé couvrir vos frais de manière forfaitaire, mais si vos frais réels dépassent cet abattement, vous êtes imposé sur un revenu que vous n'avez pas vraiment gagné.
Dernier point à ne pas oublier : la franchise en base de TVA. En 2026, vous facturez sans TVA tant que vos prestations de services restent sous 37 500 € sur l'année précédente, avec un seuil majoré de 41 250 € en cours d'année. Ce seuil n'a rien à voir avec le plafond micro, et beaucoup de freelances le franchissent bien avant de quitter le régime.
Un cas type (fictif)
Prenons Camille, consultante imaginaire en micro-entreprise BNC, qui encaisse 60 000 € hors taxes sur l'année. Ses cotisations sociales s'élèvent à 25,6 % de 60 000 €, soit 15 360 €, hors contribution à la formation professionnelle. Si elle n'a pas opté pour le versement libératoire, son revenu imposable est de 60 000 € moins l'abattement de 34 % (20 400 €), soit 39 600 €. Si elle a 25 000 € de frais réels par an (sous-traitance, logiciels, déplacements), ces frais dépassent son abattement et ne changent rien à ses cotisations : c'est le moment où l'EI au réel ou la société méritent un calcul. À ce niveau de chiffre d'affaires, Camille a aussi dépassé le seuil de franchise et facture la TVA.
L'entreprise individuelle au réel : garder la simplicité, déduire ses frais
Beaucoup de freelances l'ignorent : on peut rester entrepreneur individuel sans être en micro. En EI au réel, vous déclarez votre bénéfice réel, c'est-à-dire vos recettes moins vos charges déductibles, et vos cotisations sociales sont calculées sur ce bénéfice. Vous tenez une vraie comptabilité et vous déposez une liasse fiscale chaque année.
Depuis le 15 mai 2022, l'entrepreneur individuel bénéficie d'une séparation automatique entre son patrimoine professionnel et son patrimoine personnel (loi du 14 février 2022) : en principe, vos créanciers professionnels ne peuvent saisir que les biens utiles à votre activité. Cette protection a des exceptions, par exemple si vous y renoncez au profit d'un créancier, comme une banque, ou en cas de fraude. L'EI au réel peut aussi opter pour l'impôt sur les sociétés : elle est alors traitée fiscalement comme une EURL. L'option se notifie au service des impôts des entreprises avant la fin du troisième mois de l'exercice concerné. Elle n'est pas ouverte en micro-entreprise.
L'EI au réel est souvent la bonne étape intermédiaire pour un freelance dont les frais dépassent l'abattement, qui ne veut pas encore de société, de statuts ni d'assemblée annuelle.
EURL ou SASU : passer en société
Quand l'activité est installée, la société devient une option sérieuse. Elle permet de choisir l'impôt sur les sociétés, de doser votre rémunération, de laisser une partie du bénéfice dans l'entreprise et de présenter une structure plus rassurante à certains grands comptes.
Les deux formes les plus fréquentes chez les freelances seuls sont l'EURL et la SASU. Elles ont en commun une responsabilité limitée aux apports et l'absence de capital minimum. Elles diffèrent sur un point qui change tout : le régime social du dirigeant.
- En EURL, le gérant associé unique est travailleur indépendant. Ses cotisations sont plus faibles qu'en SASU pour un même revenu, mais des cotisations minimales restent dues même sans rémunération. À l'IS, la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital, des primes d'émission et des comptes courants est soumise aux cotisations sociales.
- En SASU, le président est assimilé salarié et relève du régime général, sans assurance chômage. Une rémunération coûte plus cher en cotisations, mais sans rémunération, vous ne payez rien, et les dividendes ne supportent pas de cotisations sociales. Ils sont soumis par défaut au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026.
Côté impôt sur les sociétés, les deux formes bénéficient, sous conditions, du taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, puis de 25 % au-delà.
Je ne refais pas ici le match complet : il est chiffré, avec un cas type, dans l'article SASU ou EURL. Et si vous pensez à vous associer un jour, la question devient plutôt SAS ou SASU, que je traite dans l'article SAS ou SASU.
Le portage salarial permet-il de rester salarié en travaillant comme un freelance ?
Le portage salarial est la seule option où vous n'êtes pas chef d'entreprise. Vous trouvez vos clients, vous négociez votre prix, puis une société de portage facture la mission et vous verse un salaire. Vous êtes salarié de cette société, avec une fiche de paie, une couverture sociale de salarié et des cotisations à l'assurance chômage.
Le cadre est fixé par le Code du travail, aux articles L1254-1 et suivants : vous devez justifier d'une expertise, d'une qualification et d'une autonomie suffisantes pour trouver vos clients, la prestation chez un même client ne peut pas dépasser 36 mois, et certaines activités en sont exclues, comme les services à la personne. Le prix de ce confort, ce sont les frais de gestion de la société de portage et des cotisations calculées comme pour un salarié, ce qui réduit nettement ce qui vous reste par rapport à votre chiffre d'affaires.
J'ai consacré un article entier à la comparaison : portage salarial ou freelance.
Comment choisir votre statut de freelance ?
Plutôt qu'un verdict, voici les questions que je pose à chaque freelance qui m'appelle.
Combien allez-vous facturer, et avec quelle régularité ? Sous quelques dizaines de milliers d'euros, avec peu de frais, la micro-entreprise reste difficile à battre en simplicité. Avec des revenus irréguliers, la SASU évite de payer des cotisations les mois creux. Avec des revenus réguliers, l'EURL coûte moins cher pour un même revenu net.
Combien vous coûte votre activité ? Si vos frais réels dépassent l'abattement forfaitaire de la micro, chaque euro de frais non déduit vous coûte de l'impôt et des cotisations. L'EI au réel ou la société deviennent alors intéressantes.
De quelle protection avez-vous besoin ? Si l'idée de ne pas avoir de chômage vous empêche de dormir, le portage salarial est la seule option qui vous fait cotiser à l'assurance chômage des salariés. En SASU comme en EURL, le dirigeant ne cotise pas à l'assurance chômage au titre de son mandat.
Touchez-vous encore l'allocation chômage ? Si vous quittez un emploi salarié avec des droits ouverts, le statut retenu et la façon dont vous vous rémunérez jouent sur le maintien de vos allocations. C'est un point à vérifier au cas par cas avec France Travail avant de vous lancer.
Quels sont vos projets ? Un associé, une levée de fonds, une holding plus tard : dans ces cas, une société par actions offre plus de souplesse dès le départ.
Rien n'est figé. On démarre souvent en micro, on passe au réel ou en société quand le chiffre d'affaires et les frais le justifient, et on peut reposer la question tous les deux ou trois ans.
On en parle ?
Vous hésitez entre plusieurs statuts ? Je fais volontiers le calcul avec vos vrais chiffres, que vous soyez à côté du cabinet de La Ciotat ou à l'autre bout de la France. Notre accompagnement des freelances, quel que soit leur statut, est détaillé sur sa page. Appelez-moi au 06 95 85 95 01.

Une question sur votre statut, votre TVA ou votre rémunération ? Prenez 15 minutes avec moi, on fait le point sur votre situation.
Vos questions, nos réponses
Quel est le meilleur statut pour un freelance ?
Il n'y en a pas un seul. La micro-entreprise est la plus simple pour démarrer, l'EI au réel convient quand les frais sont importants, la SASU et l'EURL structurent une activité qui tourne, et le portage salarial apporte la sécurité d'un salarié. Le bon choix dépend de votre chiffre d'affaires, de vos frais et de votre besoin de protection.
Freelance et auto-entrepreneur, c'est la même chose ?
Non. Auto-entrepreneur (ou micro-entrepreneur) est un régime juridique, fiscal et social précis. Freelance désigne une façon de travailler, en indépendant pour plusieurs clients. On peut être freelance en micro-entreprise, mais aussi en EI au réel, en société ou en portage salarial.
Combien paie un freelance en micro-entreprise en 2026 ?
Pour une activité de prestations de services libérales relevant de la Sécurité sociale des indépendants, les cotisations sont de 25,6 % du chiffre d'affaires encaissé en 2026, hors contribution à la formation professionnelle. Pour les prestations commerciales ou artisanales, le taux est de 21,2 %.
Quel statut choisir pour avoir droit au chômage en freelance ?
Seul le portage salarial vous fait cotiser à l'assurance chômage pendant votre activité, puisque vous êtes salarié de la société de portage. Le micro-entrepreneur, le gérant d'EURL et le président de SASU n'y cotisent pas au titre de leur activité.
Quand passer de la micro-entreprise à une société ?
Les signaux habituels sont un chiffre d'affaires qui approche le plafond de 83 600 €, des frais réels supérieurs à l'abattement forfaitaire, l'envie de lisser votre revenu ou un client qui exige une société. Un prévisionnel permet de comparer les options avant de décider.
Peut-on changer de statut en cours de route ?
Oui. Vous pouvez quitter la micro-entreprise pour le réel, créer une société et y apporter votre activité, ou transformer une EURL en SASU. Chaque changement a des effets fiscaux et sociaux qui se préparent, idéalement avant la fin d'un exercice.
Sources officielles
- L'essentiel du statut d'auto-entrepreneur, autoentrepreneur.urssaf.fr
- Évolution des taux de cotisations sociales des auto-entrepreneurs, urssaf.fr
- Cotisations sociales du micro-entrepreneur, entreprendre.service-public.gouv.fr
- Régime fiscal de la micro-entreprise, entreprendre.service-public.gouv.fr
- Franchise en base de TVA, entreprendre.service-public.gouv.fr
- Option pour l'impôt sur les sociétés, dont l'assimilation de l'EI à une EURL (BOI-IS-CHAMP-40), BOFiP
- Choisir la forme juridique de son entreprise, entreprendre.service-public.gouv.fr
- SASU : ce qu'il faut savoir, entreprendre.service-public.gouv.fr
- Portage salarial, code.travail.gouv.fr
- Article L1254-2 du Code du travail, code.travail.gouv.fr
- Choisir votre statut juridique, urssaf.fr



