
La réponse courte. En 2026, la SASU convient au freelance qui veut se payer surtout en dividendes, garder une protection sociale proche de celle d'un salarié et ne rien payer les mois sans rémunération. L'EURL convient à celui qui veut se verser un revenu régulier au coût social le plus bas, quitte à accepter des cotisations minimales même les années creuses. La vraie bascule se joue sur les dividendes : en SASU, ils ne supportent pas de cotisations sociales, alors qu'en EURL à l'IS la part qui dépasse 10 % du capital, des primes d'émission et des comptes courants y est soumise. Le bon choix dépend donc de votre chiffre d'affaires, de votre façon de vous rémunérer et de votre besoin de couverture sociale.
Vous quittez votre CDI, votre micro-entreprise devient trop petite, ou votre client principal vous demande une « vraie société » pour signer. Très vite, la même question tombe : SASU ou EURL ? Les deux statuts permettent d'entreprendre seul avec une responsabilité limitée à vos apports, et sur le papier ils se ressemblent beaucoup. Dans le détail, ils ne coûtent pas la même chose et ne vous protègent pas de la même façon.
Je vois passer cette question presque chaque semaine au cabinet. Elle n'a pas de réponse universelle, mais elle a une méthode. Dans cet article, je vous donne les règles valables en 2026, un cas type chiffré (fictif) et les questions à vous poser avant de signer vos statuts. Si vous n'êtes pas encore sûr de vouloir une société, commencez par le panorama des statuts de freelance, micro-entreprise et portage compris. Si vous démarrez tout juste, notre page création d'entreprise détaille aussi les étapes administratives.
SASU et EURL : deux cousines qui ne partagent pas la même mutuelle
La SASU (société par actions simplifiée unipersonnelle) et l'EURL (entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée) sont deux sociétés à associé unique. Dans les deux cas, votre patrimoine personnel est en principe séparé de celui de la société, et aucun capital minimum n'est imposé : vous pouvez démarrer avec un capital symbolique.
Les différences portent sur quatre points :
- le régime social du dirigeant : le président de SASU est « assimilé salarié » et relève du régime général de la Sécurité sociale, tandis que le gérant associé unique d'EURL est travailleur non salarié (TNS) et relève de la Sécurité sociale des indépendants ;
- la fiscalité par défaut : la SASU est soumise à l'impôt sur les sociétés (IS), l'EURL dont l'associé est une personne physique est soumise à l'impôt sur le revenu (IR), avec possibilité d'opter pour l'IS ;
- le traitement des dividendes : c'est le point qui fait souvent pencher la balance, on y revient plus bas ;
- la souplesse des statuts : en SASU, vous rédigez vos statuts assez librement, alors que l'EURL est davantage encadrée par la loi.
Point commun qui surprend souvent : ni le président de SASU ni le gérant d'EURL ne cotisent à l'assurance chômage au titre de leur mandat. Le « statut salarié » de la SASU n'ouvre donc pas droit au chômage si l'activité s'arrête.
Protection sociale : assimilé salarié contre TNS
C'est la différence la plus visible sur votre fiche de paie (ou son absence).
En SASU : une couverture de salarié, à un prix de salarié
Quand la SASU vous verse une rémunération, vous êtes affilié au régime général, comme un salarié, chômage en moins. Vous bénéficiez d'une couverture santé et d'une retraite (de base et complémentaire) calculées sur votre rémunération. La contrepartie : les cotisations patronales et salariales pèsent nettement plus lourd qu'en EURL pour un même revenu net.
L'autre particularité, très appréciée des freelances : si vous ne vous versez aucune rémunération, vous ne payez aucune cotisation sociale. En revanche, vous ne validez rien non plus, ni trimestres de retraite ni droits à indemnités journalières.
En EURL : moins cher, mais jamais gratuit
En tant que gérant TNS, vos cotisations sont calculées sur votre rémunération et elles sont, à revenu égal, moins élevées qu'en SASU. La protection est un peu moins généreuse, notamment sur la prévoyance, ce qui pousse beaucoup de gérants à compléter avec un contrat privé.
Le piège pour un freelance aux revenus irréguliers : même sans rémunération, des cotisations minimales restent dues. Elles ont un mérite, puisqu'elles permettent de valider une partie de vos trimestres de retraite, mais elles tombent aussi les années où le carnet de commandes fait la sieste.
Quelle fiscalité en SASU et en EURL en 2026 ?
L'impôt sur les sociétés
En SASU, et en EURL ayant opté pour l'IS, le bénéfice de la société est imposé à l'IS. En 2026, le taux réduit de 15 % s'applique jusqu'à 42 500 € de bénéfice pour les sociétés éligibles, puis le taux normal de 25 % s'applique au-delà. Pour être éligible, la société doit notamment réaliser un chiffre d'affaires d'au plus 10 millions d'euros et avoir un capital entièrement libéré, détenu à au moins 75 % par des personnes physiques. Un freelance seul dans sa société coche en général ces cases, à une condition qu'on oublie souvent : avoir libéré tout son capital. À la création, une partie du capital peut rester à libérer, et tant que c'est le cas, le taux de 15 % ne s'applique pas. Le plafond de 42 500 € est par ailleurs ajusté au prorata quand l'exercice ne dure pas 12 mois.
L'impôt sur le revenu
L'EURL est par défaut à l'IR : le bénéfice est directement ajouté à vos autres revenus et imposé au barème progressif, que vous l'ayez retiré ou non. La SASU peut aussi opter temporairement pour l'IR, sous conditions : elle doit notamment avoir été créée depuis moins de 5 ans, et l'option vaut pour 5 exercices au maximum, sans renouvellement. Cette option a du sens surtout pour imputer des pertes de démarrage sur vos autres revenus.
Les dividendes et le PFU
Une fois l'IS payé, le bénéfice restant peut être distribué en dividendes. Depuis le 1er janvier 2026, ils sont soumis par défaut au prélèvement forfaitaire unique (PFU, aussi appelé « flat tax ») de 31,4 % : 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Vous pouvez aussi opter pour le barème progressif, avec un abattement de 40 % sur le montant des dividendes, ce qui peut être intéressant si votre taux marginal d'imposition est faible. Attention, cette option est globale : elle s'applique à l'ensemble de vos revenus de placement et plus-values de l'année, dividendes compris. Mise à jour du 25 octobre 2026 : l'option reste irrévocable pour les revenus de 2025, mais la loi de finances pour 2026 permet d'y renoncer pour les revenus perçus à partir de 2026.
Dividendes : le vrai juge de paix entre SASU et EURL
Voici le point qui fait la différence pour beaucoup de freelances.
En SASU, les dividendes ne sont pas soumis aux cotisations sociales. Ils supportent l'IS au niveau de la société, puis le PFU (ou le barème) à votre niveau, et c'est tout.
En EURL à l'IS, la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes laissées en compte courant d'associé est soumise aux cotisations sociales des TNS. Les dividendes perçus par votre conjoint, votre partenaire de Pacs ou vos enfants mineurs sont pris en compte dans ce calcul. Avec un capital de 1 000 €, le seuil est donc de 100 € : autant dire que la quasi-totalité de vos dividendes sera traitée comme de la rémunération sur le plan social.
Certains ont imaginé gonfler le capital ou le compte courant pour relever ce seuil. C'est possible en théorie, mais cela suppose d'immobiliser des sommes importantes dans la société, et la logique d'ensemble doit rester cohérente. Avant de jouer à ce jeu, mieux vaut faire tourner les chiffres.
SASU ou EURL : quelles différences en 2026 ?
| Critère | SASU | EURL (associé personne physique) |
|---|---|---|
| Statut social du dirigeant | Assimilé salarié (régime général) | Travailleur non salarié (SSI) |
| Coût social d'une rémunération | Plus élevé | Plus faible |
| Cotisations sans rémunération | Aucune | Cotisations minimales dues |
| Assurance chômage | Non | Non |
| Imposition par défaut | IS | IR (option IS possible) |
| Option inverse | IR temporaire, 5 exercices maximum, société de moins de 5 ans | IS sur option |
| Taux d'IS (sociétés éligibles) | 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 % | Idem si option IS |
| Dividendes : fiscalité | PFU 31,4 % ou barème avec abattement de 40 % | Idem (si IS) |
| Dividendes : cotisations sociales | Non | Oui au-delà de 10 % du capital, des primes d'émission et des comptes courants |
| Capital minimum | Aucun | Aucun |
| Rédaction des statuts | Très libre | Plus encadrée |
Cas type : Léa, développeuse freelance (exemple fictif)
Prenons Léa, personnage inventé pour l'exemple, développeuse freelance. Après ses frais et une rémunération modeste, sa société dégage un bénéfice de 40 000 € avant impôt. Hypothèses : exercice de 12 mois, capital entièrement libéré, société éligible au taux réduit d'IS, option pour le PFU.
- IS : 40 000 € étant sous le plafond de 42 500 €, la société paie 15 %, soit 6 000 €. Il reste 34 000 € distribuables.
- En SASU, si Léa distribue ces 34 000 € en dividendes au PFU, elle paie 31,4 %, soit 10 676 €, et encaisse 23 324 €. Aucune cotisation sociale en plus.
- En EURL à l'IS, avec un capital de 1 000 € et pas de compte courant, seuls 100 € échappent aux cotisations TNS. Les 33 900 € restants y sont soumis, en plus de l'impôt sur le revenu. Le net final est nettement plus bas qu'en SASU, mais Léa cotise pour sa retraite et sa protection sociale.
Ce que l'exemple montre : la SASU « gagne » sur le net immédiat quand on se paie en dividendes, et l'EURL « gagne » sur la couverture sociale et sur le coût d'une rémunération classique. Les deux ne jouent pas dans la même catégorie, d'où l'intérêt d'arbitrer selon vos priorités plutôt que selon le conseil du cousin qui a « tout compris aux dividendes ». Notre page rémunération du dirigeant détaille comment doser salaire et dividendes.
SASU ou EURL : comment choisir ?
Plutôt qu'un verdict général, voici les critères que je passe en revue avec chaque freelance.
Votre chiffre d'affaires et sa régularité. Avec des revenus en dents de scie, la SASU évite de payer des cotisations les mois creux. Avec des revenus réguliers et une envie de vous verser un salaire chaque mois, l'EURL coûte moins cher pour un même net.
Votre mode de rémunération préféré. Si vous comptez vivre surtout de dividendes, la SASU est logique. Si vous voulez une rémunération classique et que la protection sociale vous importe, l'EURL tient la corde.
Votre situation personnelle. Si vous touchez encore l'allocation chômage (ARE) au démarrage, le choix du statut et de la forme de rémunération a un effet direct sur le maintien de vos droits : c'est un point à faire vérifier au cas par cas avant de vous verser quoi que ce soit. Si votre conjoint vous couvre déjà en santé, le besoin de protection pèse moins dans la décision.
Vos projets. Vous envisagez de faire entrer un associé, de lever des fonds ou de créer une holding plus tard ? La SAS offre plus de souplesse pour organiser le capital et la gouvernance.
Vous êtes encore micro-entrepreneur ? Avant de passer en société, vérifiez que le jeu en vaut la chandelle. Nous en parlons sur la page dédiée à l'accompagnement des micro-entrepreneurs.
Ce que change un bon pilotage, quel que soit le statut
Le statut n'est qu'un point de départ. Ce qui fait la différence ensuite, c'est la capacité à savoir, mois par mois, combien vous pouvez vous verser sans mettre la trésorerie à plat. Au cabinet, nous suivons nos clients freelances avec Cockpit, notre outil maison basé sur Pennylane : il affiche la trésorerie, le résultat estimé et la rémunération possible, pour savoir ce qu'il faut garder de côté. C'est aussi ce qui permet de revoir l'arbitrage salaire et dividendes chaque année, au lieu de le figer à la création.
Pour un freelance, je recommande aussi de reposer la question du statut au bout de deux ou trois exercices : vos revenus ont évolué, vos besoins aussi, et passer d'une EURL à une SASU (ou l'inverse) reste possible par transformation.
On en parle ?
Vous hésitez encore entre SASU et EURL ? Je fais volontiers le calcul avec vos vrais chiffres, avant que vous signiez quoi que ce soit. Appelez-moi au 06 95 85 95 01 ou passez par la page contact. Vous trouverez aussi notre accompagnement des freelances sur la page expert-comptable freelance.

Une question sur votre statut, votre TVA ou votre rémunération ? Prenez 15 minutes avec moi, on fait le point sur votre situation.
Vos questions, nos réponses
SASU ou EURL : quel statut paie le moins de charges ?
À rémunération égale, l'EURL coûte moins cher en cotisations sociales que la SASU. En revanche, la SASU ne supporte aucune cotisation sur les dividendes, alors que l'EURL à l'IS en paie sur la part qui dépasse 10 % du capital, des primes d'émission et des comptes courants. Le statut le moins coûteux dépend donc de votre mix salaire et dividendes.
Une SASU permet-elle de se rémunérer sans salaire, uniquement en dividendes ?
Oui. C'est même un schéma fréquent chez les freelances en SASU, car aucune cotisation n'est due en l'absence de rémunération. Attention : sans salaire, vous ne validez ni trimestres de retraite ni droits à indemnités journalières au titre de la SASU.
Le président de SASU a-t-il droit au chômage ?
Non. Comme le gérant d'EURL, le président de SASU ne cotise pas à l'assurance chômage au titre de son mandat. Pour se protéger, il faut se tourner vers une assurance privée perte d'activité.
Quel est le taux du PFU sur les dividendes en 2026 ?
Depuis le 1er janvier 2026, le PFU est de 31,4 % : 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Vous pouvez opter pour le barème progressif avec un abattement de 40 % si c'est plus favorable.
Peut-on passer d'une EURL à une SASU ?
Oui, par une transformation de société. L'opération demande une décision de l'associé unique, la mise à jour des statuts et des formalités auprès du guichet unique. Elle se prépare avec votre expert-comptable pour anticiper les effets fiscaux et sociaux.
Sources officielles
- Comparaison EURL/SASU, bpifrance-creation.fr
- Régime fiscal et social des dividendes, bpifrance-creation.fr
- Impôt sur les sociétés (IS) : taux, déclaration, paiement, entreprendre.service-public.gouv.fr
- Taux réduit d'impôt sur les sociétés : le critère du chiffre d'affaires, impots.gouv.fr
- Fiscalité de la SASU : l'essentiel, entreprendre.service-public.gouv.fr
- Rémunération du dirigeant d'entreprise, entreprendre.service-public.gouv.fr
- Évolution du prélèvement forfaitaire unique, entreprendre.service-public.gouv.fr
- Imposition des dividendes perçus par les associés, entreprendre.service-public.gouv.fr
- Déclaration de revenus 2026 des indépendants, notice explicative, urssaf.fr
- Article L136-3 du Code de la sécurité sociale, II, 2° (dividendes au-delà de 10 %), legifrance.gouv.fr
- Taux réduit d'IS des PME (BOI-IS-LIQ-20-10), BOFiP
- Choisir votre statut juridique, urssaf.fr



