
La réponse courte. Oui, vous pouvez créer votre micro-entreprise et continuer à toucher une partie de votre allocation chômage (ARE), si l'activité démarre après votre inscription à France Travail. Chaque mois, France Travail retire de votre allocation mensuelle 70 % de votre revenu, c'est-à-dire de votre chiffre d'affaires diminué de l'abattement forfaitaire (34 % en libéral, 50 % en prestations commerciales ou artisanales, 71 % en vente). Les jours non payés ne sont pas perdus, ils repoussent la fin de vos droits. Deux limites : allocation et revenu cumulés ne doivent pas dépasser votre ancien salaire, et pour les droits ouverts depuis le 1er avril 2025, le cumul s'arrête quand 60 % des droits restants au jour de la création ont été consommés. Enfin, l'auto-entrepreneur ne cotise pas au chômage : fermer sa micro ne crée pas de nouveaux droits.
« Si je facture, je perds mon chômage ? » C'est la crainte de presque tous les créateurs que je reçois alors qu'ils sont encore indemnisés. La réponse est non, mais le mécanisme est moins intuitif qu'il n'y paraît : France Travail ne regarde ni votre bénéfice, ni ce que vous avez facturé, mais un revenu reconstitué à partir de votre chiffre d'affaires, et il le fait mois par mois.
Je vous explique ici comment se calcule le montant maintenu, comment remplir votre actualisation sans bloquer vos paiements, ce qu'il se passe quand vos droits arrivent à leur terme, et ce que vous pouvez espérer si vous fermez votre micro-entreprise. Le choix entre le maintien de l'ARE et le versement en capital (ARCE), ainsi que l'ACRE, sont traités dans l'article sur l'ACRE en 2026 : je n'y reviens que brièvement.
Peut-on cumuler chômage et auto-entreprise ?
Le cumul de l'ARE avec les revenus d'une activité non salariée est ouvert aux micro-entrepreneurs comme aux autres indépendants et dirigeants de société. Les conditions sont les suivantes :
- l'activité a démarré après votre inscription à France Travail ;
- vous restez inscrit comme demandeur d'emploi et vous vous actualisez chaque mois ;
- vous ne touchez pas l'ARCE : le maintien mensuel et le versement en capital ne se cumulent pas.
Si votre micro-entreprise existait déjà pendant votre emploi salarié et que vous la conservez après la perte de cet emploi, la logique n'est pas la même : faites vérifier votre situation par France Travail avant de compter sur un montant.
Déclarez aussi la création de votre entreprise à France Travail dès qu'elle a lieu : la date de création sert de référence pour mesurer vos droits restants.
Comment est calculé le chômage maintenu d'un auto-entrepreneur ?
Pour un micro-entrepreneur, France Travail calcule chaque mois un nombre de jours indemnisables avec la formule suivante :
Jours payés = [allocation mensuelle − 70 % × (chiffre d'affaires − abattement)] ÷ allocation journalière
L'allocation mensuelle correspond à ce que vous toucheriez sur un mois entier sans activité. L'abattement est celui du régime micro-fiscal :
| Activité | Abattement appliqué au chiffre d'affaires |
|---|---|
| Vente de marchandises, fourniture de logement | 71 % |
| Autres activités commerciales ou artisanales (BIC) | 50 % |
| Activités libérales (BNC) | 34 % |
Un abattement minimum de 305 € s'applique. Le résultat est arrondi à l'entier le plus proche, et seuls ces jours sont payés et décomptés de vos droits.
Un exemple fictif
Prenons Sophie, consultante imaginaire en micro-entreprise libérale (BNC). Son allocation journalière est de 50 €, et le mois considéré compte 30 jours : sans activité, elle toucherait 1 500 €. Ce mois-là, elle encaisse 2 000 €.
- Abattement de 34 % : 680 €. Revenu retenu : 1 320 €.
- 70 % de ce revenu : 924 €.
- Allocation mensuelle moins 924 € : 576 €, soit 11,52 jours, arrondis à 12 jours.
- Sophie perçoit 12 × 50 € = 600 € d'ARE, en plus de ses 2 000 € encaissés.
- Les 18 jours non payés restent dans son capital de droits : la fin de son indemnisation recule de 18 jours.
Le mois suivant, une grosse facture de 6 000 € est payée. Revenu retenu : 3 960 €, dont 70 % font 2 772 €, plus que l'allocation mensuelle. Aucun jour n'est payé ce mois-là, mais aucun n'est consommé : les 30 jours sont reportés.
Ce mécanisme a deux conséquences pratiques. D'abord, c'est l'encaissement qui compte, pas la date de la facture. Ensuite, un mois sans encaissement vous rend l'allocation entière, ce qui amortit les débuts irréguliers.
Le plafond de votre ancien salaire
Le cumul de l'allocation et du revenu d'activité ne doit pas dépasser le montant de votre ancien salaire. Si c'est le cas, le nombre de jours payés est réduit d'autant. Dans l'exemple de Sophie, une allocation journalière de 50 € correspond à un ancien salaire d'environ 2 650 € brut par mois. 1 320 € de revenu retenu et 600 € d'allocation restent en dessous : pas de réduction.
Le plafond de 60 % des droits restants
C'est la règle que beaucoup de créateurs ignorent encore. Pour les droits ouverts depuis le 1er avril 2025, le cumul de l'ARE avec les revenus d'une entreprise créée ou reprise est limité à 60 % des droits restants à la date de création.
Reprenons Sophie. Au jour de la création, il lui reste 400 jours d'indemnisation, soit 20 000 €. Elle pourra cumuler jusqu'à ce que 60 % de ce capital, l'équivalent de 240 jours d'allocation, ait été versé. Les versements s'arrêtent alors, même s'il lui reste des jours.
Les 40 % restants ne disparaissent pas forcément. Si l'activité s'arrête ou est suspendue, l'indemnisation peut reprendre sur ce solde. Une poursuite exceptionnelle du cumul peut aussi être demandée à l'instance paritaire régionale de France Travail, à condition de prouver que vous exercez réellement votre activité et que vous n'en avez tiré aucun revenu, dividendes compris, depuis la création.
Quand déclarer son chiffre d'affaires à France Travail ?
L'actualisation se fait chaque mois, en général du 28 au 15 du mois suivant, selon le calendrier publié par France Travail (ouverture avancée en février). Ce que vous y saisissez dépend de la périodicité de votre déclaration à l'Urssaf.
| Déclaration Urssaf mensuelle | Déclaration Urssaf trimestrielle | |
|---|---|---|
| Revenu à saisir dans l'actualisation | Le chiffre d'affaires du mois, avant abattement (0 si rien encaissé) | Rien, la case reste vide |
| Heures | Le nombre d'heures estimé du mois | Le nombre d'heures estimé du mois |
| Justificatif | La déclaration mensuelle faite à l'Urssaf | La déclaration trimestrielle faite à l'Urssaf |
| Paiement | Avance de 80 % du montant calculé, solde après justificatif | Paiement provisoire de 70 % maximum de l'allocation, régularisé ensuite |
Deux points à retenir :
- saisissez le chiffre d'affaires brut, avant abattement : c'est France Travail qui applique l'abattement, pas vous ;
- envoyez le justificatif avant la fin du mois suivant : sans lui, l'avance est récupérée sur les paiements suivants et le versement peut être suspendu.
Mon conseil pratique : pendant la période de cumul, la déclaration mensuelle à l'Urssaf est souvent plus simple à suivre. Le calcul colle au mois réel, et vous évitez une régularisation qui tombe des mois plus tard, parfois en votre défaveur. Le choix de la périodicité se fait dans votre espace autoentrepreneur.urssaf.fr. Pour le nombre d'heures, France Travail publie une méthode de calcul sur son site dédié aux indépendants (chomage-independant.francetravail.fr).
La fin des droits
Vos droits ont une durée maximale fixée à l'ouverture. Pour une fin de contrat de travail survenue avant 55 ans, elle est en principe de 18 mois. Depuis le 1er septembre 2026, elle est ramenée à 15 mois pour les ruptures conventionnelles individuelles dont la date de fin de contrat est fixée à partir de cette date (20,5 mois à partir de 55 ans). Votre notification de droits indique votre propre durée.
Pendant le cumul, chaque jour non payé recule d'autant la date de fin. Exemple : avec une fin de droits prévue le 30 septembre et 21 jours payés sur 30 en septembre, les 9 jours non payés reportent la fin au 9 octobre. Plus votre activité décolle, plus vos droits durent longtemps sur le calendrier, dans la limite du plafond de 60 %.
Quand le capital est consommé, ou quand le plafond de 60 % est atteint, les versements s'arrêtent. Votre micro-entreprise, elle, ne vous ouvre aucun nouveau droit : le micro-entrepreneur ne cotise pas à l'assurance chômage. Préparez donc ce moment avec un vrai budget, en sachant ce que l'activité doit dégager pour remplacer l'allocation.
Fermer sa micro-entreprise : quel chômage ensuite ?
Trois situations se présentent.
Il vous reste des droits. Si vous cessez votre activité alors que votre capital de droits n'est pas épuisé, vous pouvez demander à France Travail la reprise de votre indemnisation, y compris sur les 40 % bloqués par le plafond.
Vous avez retravaillé comme salarié. Ces périodes de salariat peuvent ouvrir ou recharger des droits selon les règles habituelles de l'assurance chômage.
Vous n'avez que votre activité indépendante. Il reste l'allocation des travailleurs indépendants (ATI), aux conditions strictes : activité exercée au moins deux ans sans interruption dans la même entreprise, au moins 10 000 € de revenus sur l'une des deux années précédant la cessation (pour un micro-entrepreneur, le chiffre d'affaires après abattement), cessation due à une liquidation judiciaire, à un redressement judiciaire avec remplacement du dirigeant, ou à une activité jugée non viable avec une baisse de revenus d'au moins 30 % attestée par un tiers de confiance, des ressources personnelles inférieures au RSA, et une inscription à France Travail dans les 12 mois qui suivent la cessation. Une simple fermeture volontaire ne suffit pas. L'ATI vaut au plus 26,30 € par jour, environ 800 € par mois (moins si vos revenus des deux dernières années étaient plus faibles), pendant 182 jours, et ne peut être demandée qu'une fois tous les cinq ans.
Micro, réel ou société : le régime change le calcul
Tout ce qui précède vaut pour la micro-entreprise. Si vous êtes entrepreneur individuel au réel, France Travail retient vos revenus d'activité déclarés, sans abattement forfaitaire : un critère de plus dans la comparaison micro-entreprise ou entreprise individuelle. En SASU ou en EURL à l'impôt sur les sociétés, c'est la rémunération versée par la société qui compte : un dirigeant qui ne se rémunère pas garde en principe son allocation entière, dans la limite du plafond de 60 %. C'est une raison fréquente de passer en société pendant la période d'indemnisation, et un point à intégrer dans le calendrier décrit dans passer de micro-entreprise à société.
Reste l'arbitrage avec l'ARCE, qui verse 60 % de vos droits restants en capital, en deux fois. Avec l'ARCE, plus d'actualisation, mais plus d'allocation mensuelle non plus. Le maintien de l'ARE protège mieux les débuts lents, l'ARCE finance mieux un investissement de départ. C'est un calcul que nous faisons au moment de la création d'entreprise, avant toute immatriculation.
On en parle ?
Vous êtes indemnisé et vous lancez votre activité ? Je fais avec vous le calcul ARE, ARCE et statut, avec vos vrais montants, au cabinet de La Ciotat ou à distance partout en France, dans le cadre de notre accompagnement des créateurs d'entreprise. Appelez-moi au 06 95 85 95 01.

Une question sur votre statut, votre TVA ou votre rémunération ? Prenez 15 minutes avec moi, on fait le point sur votre situation.
Vos questions, nos réponses
Peut-on être auto-entrepreneur et toucher le chômage ?
Oui, si la micro-entreprise a été créée après votre inscription à France Travail et que vous restez inscrit. Votre allocation est réduite chaque mois de 70 % de votre chiffre d'affaires après abattement, et les jours non payés reportent la fin de vos droits.
Comment est calculé le chômage d'un auto-entrepreneur ?
France Travail retire de votre allocation mensuelle 70 % du chiffre d'affaires du mois diminué de l'abattement (34 %, 50 % ou 71 % selon l'activité), puis divise le résultat par votre allocation journalière pour obtenir le nombre de jours payés.
Faut-il déclarer son chiffre d'affaires brut ou net à France Travail ?
Le chiffre d'affaires brut, avant abattement, tel que vous l'avez déclaré à l'Urssaf. C'est France Travail qui applique ensuite l'abattement de votre activité.
Que se passe-t-il si je ne fais aucun chiffre d'affaires un mois ?
Vous déclarez 0 lors de l'actualisation et vous percevez votre allocation entière pour le mois, dans la limite de vos droits et du plafond de 60 % des droits restants à la création.
Un auto-entrepreneur a-t-il droit au chômage quand il ferme ?
Pas au titre de sa micro-entreprise, qui ne cotise pas à l'assurance chômage. Il peut reprendre un reliquat de droits issus d'un emploi salarié, ou demander l'ATI s'il remplit ses conditions, notamment une liquidation judiciaire, un redressement judiciaire avec remplacement du dirigeant, ou une activité jugée non viable.
L'ARCE ou le maintien de l'ARE : que choisir ?
L'ARCE verse 60 % des droits restants en capital, en deux fois, et suppose d'avoir obtenu l'ACRE. Le maintien de l'ARE complète vos revenus chaque mois. Le bon choix dépend de vos droits restants, de vos besoins de trésorerie et de la montée en charge de votre activité.
Sources officielles
- Cumul ARE-rémunération (mise à jour du 5 octobre 2026), unedic.org
- Je veux créer mon entreprise, comment l'Assurance chômage peut-elle m'aider ?, unedic.org
- Déclarer une reprise d'activité non salariée à France Travail, francetravail.fr
- Vos obligations de déclaration (indépendants), francetravail.fr
- Arce et ARE : nouvelles modalités applicables (7 avril 2025), bpifrance-creation.fr
- Texte consolidé du règlement général annexé à la convention du 15 novembre 2024, unedic.org
- Assurance chômage : ce qui change le 1er septembre 2026, unedic.org
- Rupture conventionnelle et chômage, francetravail.fr
- Allocation des travailleurs indépendants (ATI), mise à jour du 13 octobre 2026, unedic.org
- Allocation des travailleurs indépendants, francetravail.fr
- Aide à la reprise ou à la création d'entreprise (Arce), entreprendre.service-public.gouv.fr
- Le calendrier des paiements et de l'actualisation 2026, francetravail.fr
- Comment est déterminée la durée de mon indemnisation ?, francetravail.fr



