← Tous les articles

Blog · Statut et création

Micro-entreprise ou entreprise individuelle au réel : comment choisir en 2026

Micro-entreprise ou entreprise individuelle au réel : impôt, cotisations, charges et obligations comparés par un expert-comptable, avec deux cas chiffrés.

Guillaume MaileyPar Guillaume Mailey, Expert-comptable inscrit à l'Ordre, fondateur de Safiance· Mis à jour le 6 novembre 2026· 9 min de lecture
Micro ou EI au réel ?

La réponse courte. La micro-entreprise n'est pas un statut différent de l'entreprise individuelle : c'est une entreprise individuelle soumise au régime micro. Le vrai choix se fait donc entre deux régimes d'une même forme juridique. En micro, impôt et cotisations sont calculés sur votre chiffre d'affaires, après un abattement forfaitaire pour l'impôt, sans tenir compte de vos dépenses réelles. Au réel, ils sont calculés sur votre bénéfice, recettes moins charges, ce qui demande une vraie comptabilité et implique des cotisations minimales. Règle simple : tant que vos charges réelles restent nettement sous l'abattement forfaitaire (34 % en libéral, 50 % en prestations commerciales ou artisanales, 71 % en vente), la micro gagne presque toujours.

« Je suis en micro, mais on me conseille de passer en entreprise individuelle. » Je reçois régulièrement des messages qui commencent ainsi, et la confusion est compréhensible : les sites officiels eux-mêmes parlent tantôt d'auto-entrepreneur, tantôt de micro-entrepreneur, tantôt d'EI. En réalité, vous êtes déjà entrepreneur individuel. La question qu'on vous pose, c'est de savoir si le régime micro vous coûte plus cher qu'il ne vous simplifie la vie.

Dans cet article, je remets les mots à leur place, je compare les deux régimes point par point, je vous montre deux cas chiffrés (fictifs) et je vous explique comment passer de l'un à l'autre sans créer de société. Si vous envisagez plutôt une société, l'article passer de micro-entreprise à société prend le relais.

Micro-entreprise ou entreprise individuelle : quelle différence ?

Depuis le 15 mai 2022, il n'existe plus qu'un statut d'entrepreneur individuel. Il comporte par défaut une séparation entre votre patrimoine professionnel et votre patrimoine personnel. L'EIRL, qui servait à cela auparavant, ne peut plus être créée depuis cette date, en application de la loi du 14 février 2022.

Cet entrepreneur individuel peut relever de deux grands régimes :

  • le régime micro, souvent appelé auto-entrepreneur ou micro-entrepreneur, les trois termes désignant la même chose : micro-fiscal pour l'impôt, micro-social pour les cotisations ;
  • le régime réel : réel simplifié ou normal pour les activités commerciales et artisanales (BIC), déclaration contrôlée pour les activités libérales (BNC), et régime social de droit commun des indépendants.

Point important : la forme juridique est la même dans les deux cas. Vous gardez votre numéro SIREN quand vous passez de la micro au réel. Votre responsabilité, votre patrimoine protégé et votre relation avec vos clients ne bougent pas. Ce qui change, c'est la façon de calculer ce que vous devez.

Le comparatif micro-entreprise / entreprise individuelle au réel

Critère Micro-entreprise EI au réel
Base de l'impôt Chiffre d'affaires après abattement forfaitaire Bénéfice réel (recettes moins charges)
Base des cotisations Pourcentage du chiffre d'affaires encaissé Revenu professionnel, après abattement de 26 %
Charges réelles Non déductibles Déductibles
Cotisations sans chiffre d'affaires Aucune Cotisations minimales
Plafond de chiffre d'affaires (2026) 83 600 € en services, 203 100 € en vente Aucun
Comptabilité Livre des recettes (et registre des achats en vente) Comptabilité complète et déclaration de résultats
Versement libératoire de l'impôt Possible sous condition de revenus Non
Franchise en base de TVA Possible sous les seuils Possible sous les seuils
Option pour l'impôt sur les sociétés Non Possible
Numéro SIREN Le même Le même

Deux idées reçues tombent avec ce tableau. La TVA n'a rien à voir avec le choix : la franchise en base dépend de votre chiffre d'affaires, pas du régime micro, et un entrepreneur au réel peut très bien rester en franchise. Et la protection du patrimoine est identique : la micro ne vous expose pas davantage.

L'impôt : un abattement forfaitaire contre vos charges réelles

En micro, l'administration considère que vos frais représentent un pourcentage fixe de votre chiffre d'affaires :

Activité Abattement forfaitaire
Vente de marchandises, hébergement de type hôtelier (hors locations meublées et chambres d'hôtes) 71 %
Prestations de services commerciales ou artisanales (BIC) 50 %
Activités libérales (BNC) 34 %

L'abattement ne peut pas être inférieur à 305 € (610 € en cas d'activité mixte). Le reste est ajouté à vos autres revenus et imposé au barème, sauf si vous avez opté pour le versement libératoire.

Au réel, on part de vos recettes et on déduit vos charges réelles : logiciels, matériel, sous-traitance, loyer, déplacements, assurances, et la plus grande partie de vos cotisations sociales. Si vos dépenses dépassent l'abattement, le réel vous fait payer moins d'impôt. Si elles sont faibles, la micro est imbattable : un consultant qui n'a besoin que d'un ordinateur se voit offrir 34 % de « frais » qu'il n'a pas.

Autre différence rarement évoquée : au réel, une année déficitaire existe vraiment, et ce déficit peut sous conditions s'imputer sur vos autres revenus. En micro, même une année où vous avez perdu de l'argent, l'impôt se calcule sur le chiffre d'affaires abattu.

Les cotisations sociales : chiffre d'affaires ou revenu

En micro, vous payez un pourcentage de ce que vous encaissez, au moment de votre déclaration mensuelle ou trimestrielle. En 2026, les taux sont de 12,3 % pour la vente de marchandises, 21,2 % pour les prestations de services commerciales et artisanales, 25,6 % pour les autres activités libérales et 23,2 % pour les professions libérales réglementées relevant de la Cipav. Pas de chiffre d'affaires, pas de cotisations. Mais aucune déduction de vos frais non plus : avec 40 % de dépenses, vous cotisez sur de l'argent qui n'est jamais devenu un revenu.

Au réel, vos cotisations sont calculées sur votre revenu professionnel. Depuis la réforme de l'assiette sociale des indépendants, appliquée pour la première fois aux cotisations définitives de 2025 calculées en 2026, l'Urssaf part de votre revenu avant cotisations et lui applique un abattement forfaitaire automatique de 26 %. Vous payez des acomptes provisionnels pendant l'année, puis une régularisation une fois le revenu réel déclaré. Et même avec un revenu faible ou nul, des cotisations minimales restent dues : elles ont l'avantage de valider une partie de vos droits à la retraite, et l'inconvénient de tomber les années creuses.

Deux cas chiffrés pour y voir clair

Les personnages sont inventés pour l'exemple, et les montants arrondis.

Inès, traductrice en libéral (BNC). Elle facture 50 000 € par an. Elle sous-traite une partie de ses projets, paie un coworking, des logiciels et du matériel : 22 000 € de charges réelles, soit 44 % de son chiffre d'affaires.

  • En micro, elle est imposée sur 33 000 € (50 000 € moins 34 %), alors que son bénéfice réel avant cotisations n'est que de 28 000 €. Elle paie 12 800 € de cotisations (25,6 % de 50 000 €), soit près de la moitié de ce bénéfice.
  • Au réel, l'impôt porte sur 28 000 € moins les cotisations déductibles. Les cotisations sont calculées sur une assiette d'environ 20 720 € (28 000 € moins 26 %), au lieu de 50 000 € de chiffre d'affaires.

Sans détailler le barème des cotisations au réel, l'écart est évident : Inès paie en micro sur au moins 5 000 € de bénéfice imaginaire pour l'impôt (davantage encore, puisque ses cotisations seraient déductibles au réel), et sur la totalité de son chiffre d'affaires pour le social. Le réel mérite une simulation sérieuse.

Marc, développeur en libéral (BNC). Il facture aussi 50 000 €, mais ses charges se limitent à 5 000 € par an (ordinateur, logiciels, assurance).

  • En micro, l'abattement de 34 % lui accorde 17 000 € de frais forfaitaires, plus de trois fois ses frais réels.
  • Au réel, son bénéfice serait de 45 000 € avant cotisations. Une fois ses cotisations déduites, son revenu imposable se rapprocherait des 33 000 € retenus en micro : le gain d'impôt serait faible.
  • Il devrait en plus tenir une comptabilité complète, avec un coût d'expert-comptable, et payer des cotisations minimales les années creuses.

Pour Marc, la micro reste le bon choix : le réel ne lui ferait presque rien gagner et lui coûterait en gestion. Le détail des cotisations, lui, mérite une simulation avec vos vrais chiffres.

Les obligations au quotidien

En micro, vous tenez un livre des recettes (et un registre des achats si vous vendez des marchandises), vous déclarez votre chiffre d'affaires chaque mois ou chaque trimestre sur autoentrepreneur.urssaf.fr, même à zéro, et vous reportez votre chiffre d'affaires sur votre déclaration de revenus. Un compte bancaire dédié devient obligatoire quand vous dépassez 10 000 € de chiffre d'affaires deux années civiles de suite.

Au réel, vous tenez une comptabilité complète (ou une comptabilité de trésorerie en BNC), vous déposez chaque année une déclaration de résultats (2031 en BIC, 2035 en BNC) et vous déclarez vos revenus professionnels dans le volet social de votre déclaration de revenus, sur impots.gouv.fr, qui sert au calcul de vos cotisations. L'expert-comptable n'est pas obligatoire, mais rares sont les entrepreneurs qui s'en passent. Chez Safiance, le suivi d'une entreprise individuelle au réel démarre à 157 € HT par mois, contre 50 € HT pour une micro-entreprise : un coût à intégrer dans la comparaison.

Comment passer de la micro-entreprise à l'entreprise individuelle au réel ?

Bonne nouvelle : pas besoin de fermer quoi que ce soit. Deux situations :

  • Vous le subissez : votre chiffre d'affaires dépasse le plafond deux années civiles consécutives, et vous basculez au réel au 1er janvier suivant. Tout est expliqué dans l'article sur le plafond de la micro-entreprise.
  • Vous le choisissez : vous envoyez une option écrite à votre service des impôts des entreprises, au plus tard à la date limite de dépôt de la déclaration de l'année précédente. En pratique, l'option pour le réel en 2027 se fait au plus tard à la date limite de la déclaration des revenus 2026, au printemps 2027. Elle vaut un an et se reconduit tacitement, et vous pouvez y renoncer pour revenir en micro si vous respectez toujours les seuils.

L'option pour le réel fiscal met fin au régime micro-social : vos cotisations passent elles aussi au calcul sur le revenu. Anticipez la trésorerie, car le premier exercice au réel s'accompagne d'acomptes provisionnels puis d'une régularisation.

Une fois au réel, l'entrepreneur individuel peut aussi opter pour l'impôt sur les sociétés, en étant assimilé à une EURL. L'option peut être abandonnée jusqu'au cinquième exercice qui suit, puis devient définitive. Après une renonciation, il n'est plus possible d'opter à nouveau. À ce stade, la comparaison se fait plutôt avec une vraie société : je l'aborde dans SASU ou EURL.

Micro ou EI au réel : comment choisir ?

  1. Vos charges réelles dépassent-elles l'abattement ? C'est la question numéro un. Faites la somme de vos dépenses professionnelles de l'année et rapportez-la à votre chiffre d'affaires.
  2. Votre chiffre d'affaires est-il régulier ? Avec des années creuses, l'absence de cotisations minimales en micro est précieuse.
  3. Touchez-vous l'allocation chômage ? Le régime change la façon dont France Travail calcule vos droits, je l'explique dans auto-entrepreneur et chômage.
  4. Comptez-vous investir ? Un gros achat de matériel se déduit au réel, il est ignoré en micro.
  5. Êtes-vous prêt à tenir une comptabilité ? Si la réponse est non, la micro garde un avantage que les chiffres ne montrent pas.

Notre page expert-comptable pour micro-entrepreneur détaille comment nous suivons ces seuils et préparons la sortie de la micro quand elle s'impose.

On en parle ?

Vous vous demandez si la micro vous coûte trop cher ? Envoyez-moi votre chiffre d'affaires et vos principales dépenses, je fais la comparaison micro, EI au réel et société. Le cabinet est à La Ciotat et accompagne des indépendants à distance partout en France : voyez la page de notre expert-comptable dédié aux micro-entrepreneurs. Appelez-moi au 06 95 85 95 01.

Guillaume Mailey
Guillaume MaileyExpert-comptable inscrit à l'Ordre, fondateur de Safiance

Une question sur votre statut, votre TVA ou votre rémunération ? Prenez 15 minutes avec moi, on fait le point sur votre situation.

Vos questions, nos réponses

Quelle est la différence entre micro-entreprise et entreprise individuelle ?

La micro-entreprise est une entreprise individuelle soumise au régime micro : impôt et cotisations calculés sur le chiffre d'affaires. L'entreprise individuelle « classique » est au réel : impôt et cotisations calculés sur le bénéfice, après déduction des charges réelles.

Auto-entrepreneur et entreprise individuelle, c'est pareil ?

L'auto-entrepreneur, ou micro-entrepreneur, est un entrepreneur individuel. Il relève simplement du régime micro. Il a la même forme juridique et la même séparation des patrimoines qu'un entrepreneur individuel au réel.

Quand passer de la micro-entreprise au régime réel ?

Quand vos charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire de votre activité, quand vous prévoyez de gros investissements, ou de façon obligatoire après deux années consécutives au-dessus du plafond de chiffre d'affaires.

Faut-il créer une nouvelle entreprise pour passer au réel ?

Non. Vous restez entrepreneur individuel avec le même numéro SIREN. Le passage se fait par une option écrite auprès du service des impôts, ou automatiquement en cas de dépassement du plafond deux années de suite.

Peut-on rester en franchise de TVA au réel ?

Oui. La franchise en base de TVA dépend de votre chiffre d'affaires, pas du régime micro. Un entrepreneur individuel au réel peut en bénéficier tant qu'il reste sous les seuils.

Une entreprise individuelle au réel peut-elle être à l'impôt sur les sociétés ?

Oui, sur option, à condition d'être au régime réel, en étant assimilée à une EURL. L'option peut être abandonnée jusqu'au cinquième exercice suivant, puis elle devient définitive. Après une renonciation, on ne peut plus opter à nouveau.

À lire aussi

Statut et créationDe la micro à la sociétéGuillaume Mailey · 5 novembre 2026
Statut et créationPortage salarial ou freelance ?Guillaume Mailey · 30 octobre 2026
Statut et créationSAS ou SASU : les différencesGuillaume Mailey · 30 octobre 2026

Une question sur votre situation ?

Guillaume vous répond lui-même, sans standard ni chatbot. 15 minutes suffisent souvent pour y voir clair.