
La réponse courte. Le portage salarial vous permet de travailler comme un freelance tout en restant salarié : vous trouvez vos clients et fixez votre prix, une société de portage facture la mission et vous verse un salaire, avec cotisations au chômage et à la retraite des salariés. En contrepartie, elle prélève des frais de gestion et toutes les cotisations d'un salarié sont calculées sur ce qui reste, si bien que votre net est nettement plus faible qu'à votre compte. Le portage est encadré par le Code du travail (articles L1254-1 et suivants) : il faut une expertise et une autonomie suffisantes, une rémunération minimale est imposée et une mission chez un même client ne peut pas dépasser 36 mois. Il convient bien pour tester une activité de conseil ou pour garder des droits de salarié, moins bien quand l'activité est installée et rentable.
« Je veux être freelance, mais je ne veux pas perdre le chômage. » Cette phrase, je l'entends très souvent de la part de cadres qui quittent un CDI pour se lancer en conseil. Le portage salarial est souvent présenté comme la réponse parfaite à cette envie : la liberté du freelance, la sécurité du salarié. C'est en partie vrai, et c'est aussi plus cher qu'on ne le pense.
Dans cet article, je compare le portage salarial et le freelance à son compte (micro-entreprise ou société) sur ce qui compte : les conditions pour y avoir accès, ce que vous coûte chaque option, votre protection sociale et le chômage. Si vous voulez la vue d'ensemble de tous les statuts, commencez par l'article sur le statut freelance.
Le portage salarial, comment ça marche ?
Le portage salarial repose sur une relation à trois.
- Vous, le salarié porté, trouvez vos clients, négociez avec eux le contenu et le prix de votre mission, et réalisez la prestation.
- L'entreprise cliente signe un contrat de prestation avec la société de portage, qui lui facture la mission.
- La société de portage encaisse la facture, prélève ses frais de gestion et vous verse le reste sous forme de salaire, après toutes les cotisations sociales.
Vous êtes donc salarié de la société de portage, en CDD ou en CDI, avec une fiche de paie. Mais la société de portage n'est pas tenue de vous fournir du travail : c'est à vous de trouver vos missions, comme n'importe quel freelance. Une seule entreprise peut conclure ces contrats : une société de portage salarial, qui exerce cette activité à titre exclusif et doit disposer en permanence d'une garantie financière couvrant notamment vos salaires et les cotisations sociales en cas de défaillance.
Qui peut travailler en portage salarial ?
Le portage n'est pas ouvert à tout le monde ni à toutes les missions. Le Code du travail, aux articles L1254-1 et suivants, pose plusieurs conditions.
Expertise, qualification et autonomie
L'article L1254-2 exige que le salarié porté justifie d'une expertise, d'une qualification et d'une autonomie qui lui permettent de rechercher lui-même ses clients et de convenir avec eux des conditions et du prix de sa prestation. En pratique, la convention collective de la branche demande un niveau de qualification de niveau 5 (bac + 2) ou une expérience d'au moins trois ans dans le même secteur. Vous devez aussi rendre compte de votre activité à la société de portage au moins une fois par mois.
Une rémunération minimale
Le même article prévoit une rémunération minimale fixée par un accord de branche étendu. La loi ne fixe un montant qu'à défaut d'un tel accord : 75 % du plafond mensuel de la Sécurité sociale pour une activité à temps plein, soit 3 003,75 € brut en 2026 avec un plafond de 4 005 € par mois. Or la branche dispose d'un accord étendu : la convention collective des salariés en portage salarial du 22 mars 2017 (IDCC 3219), étendue en 2017. Ce sont donc ses minimums qui s'appliquent. Ils sont exprimés en pourcentage du plafond de la Sécurité sociale et varient selon votre niveau d'expérience et votre mode de décompte du temps de travail : demandez à la société de portage lequel s'applique à vous.
Cette règle a une conséquence directe : votre mission doit être facturée assez cher pour couvrir ce minimum, les frais de gestion et toutes les cotisations. Le portage ne convient donc pas à une activité à petits tarifs.
Des missions limitées
L'entreprise cliente ne peut recourir au portage que pour une tâche occasionnelle qui ne relève pas de son activité normale et permanente, ou pour une prestation ponctuelle demandant une expertise qu'elle n'a pas en interne. La mission ne peut pas remplacer un salarié gréviste, ni porter sur certains travaux particulièrement dangereux, et elle ne peut pas dépasser 36 mois chez un même client.
Enfin, les services à la personne (garde d'enfants, ménage, soutien scolaire, jardinage chez un particulier) sont exclus du portage. Le portage vise les prestations intellectuelles et d'expertise vendues à des entreprises : conseil, informatique, gestion de projet, formation.
Portage salarial ou freelance : le statut social
C'est l'argument principal du portage, et il est réel.
En portage salarial, vous êtes salarié au sens plein. Vous relevez du régime général de la Sécurité sociale, vous cotisez pour la retraite de base et complémentaire des salariés, et surtout vous cotisez à l'assurance chômage. Votre bulletin de paie a la même tête que celui d'un salarié classique.
En freelance à votre compte, votre protection dépend du statut :
- en micro-entreprise, en EI ou en EURL, vous êtes travailleur indépendant, avec une protection calculée sur vos revenus d'activité ;
- en SASU, le président rémunéré est assimilé salarié et relève du régime général, mais sans assurance chômage, et il ne cotise à rien s'il ne se verse pas de salaire.
Le comparatif détaillé entre ces deux formes de société est dans l'article SASU ou EURL, et si vous envisagez de vous associer avec un autre consultant, l'article SAS ou SASU vous dira ce que change le passage à plusieurs.
Le chômage : la vraie différence
Voici le point qui fait souvent pencher la balance.
En portage salarial, vous cotisez à l'assurance chômage comme tout salarié. À la fin de votre contrat, vous pouvez donc ouvrir des droits à l'allocation chômage (ARE), dans les conditions de droit commun de l'assurance chômage : durée de travail minimale, perte involontaire d'emploi ou rupture assimilée, inscription comme demandeur d'emploi. Les périodes travaillées en portage comptent comme des périodes salariées.
En freelance à votre compte, vous ne cotisez pas à l'assurance chômage au titre de votre activité, que vous soyez micro-entrepreneur, gérant d'EURL ou président de SASU. Si l'activité s'arrête, vous n'avez pas d'allocation au titre de cette activité. Il existe des dispositifs pour les indépendants qui cessent leur activité, mais leurs conditions sont strictes et leurs montants modestes : mieux vaut ne pas bâtir son projet dessus.
Un cas fréquent mérite une précision : si vous quittez un CDI avec des droits au chômage ouverts et que vous créez votre entreprise, ces droits peuvent, sous conditions, être maintenus pendant le démarrage. Le portage n'est donc pas la seule façon de garder un filet au départ. Les règles évoluent régulièrement et dépendent de votre situation : faites-les vérifier par France Travail avant de choisir.
Combien coûte le portage salarial ?
Les frais de gestion
La société de portage se rémunère par des frais de gestion, prélevés sur le chiffre d'affaires que vous facturez. Leur montant est libre : chaque société fixe le sien, en général sous forme de pourcentage, parfois avec un plafond mensuel ou des frais fixes. Je ne vous donne volontairement pas de fourchette, car les offres varient beaucoup et ne comprennent pas toutes les mêmes services (assurance, avance de salaire, accompagnement commercial). Comparez les offres sur ce qu'elles incluent, pas seulement sur le pourcentage affiché.
Les cotisations sociales d'un salarié
Une fois les frais de gestion retirés, ce qui reste sert à payer votre salaire et toutes les cotisations, patronales et salariales, comme pour n'importe quel salarié. C'est ce qui rend le portage coûteux : vous financez vous-même la part employeur. Vos frais professionnels peuvent être remboursés en notes de frais, sans cotisations, à condition d'être justifiés et liés à la mission.
Le résultat, pour un même chiffre d'affaires, est un net en poche nettement plus bas qu'en micro-entreprise ou en société. Demandez toujours une simulation à la société de portage sur votre tarif réel, puis faites faire la comparaison avec les autres statuts.
Et à votre compte ?
En micro-entreprise, vos cotisations sont un pourcentage du chiffre d'affaires encaissé : 25,6 % en 2026 pour la plupart des activités libérales, hors contribution à la formation professionnelle, sans frais de gestion. En revanche, vous gérez vous-même vos déclarations, et le régime est plafonné à 83 600 € de chiffre d'affaires en prestations de services, avec les règles de dépassement que j'explique dans l'article sur le plafond de la micro-entreprise.
En société, vous payez un expert-comptable et des frais de structure, mais vous choisissez votre rémunération, vous déduisez vos charges réelles et vous pouvez laisser une partie du bénéfice dans l'entreprise, imposée à l'impôt sur les sociétés au taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 € pour les sociétés éligibles.
Tableau comparatif : portage salarial ou freelance
| Critère | Portage salarial | Freelance en micro-entreprise | Freelance en société (SASU, EURL) |
|---|---|---|---|
| Statut | Salarié de la société de portage | Travailleur indépendant | Président assimilé salarié (SASU) ou gérant indépendant (EURL) |
| Chômage | Oui, cotisations à l'assurance chômage | Non | Non |
| Qui trouve les clients ? | Vous | Vous | Vous |
| Coût principal | Frais de gestion et cotisations de salarié | Pourcentage du chiffre d'affaires | Cotisations sur la rémunération, IS, frais de structure |
| Plafond de chiffre d'affaires | Non | 83 600 € en services | Non |
| Durée chez un même client | 36 mois maximum | Pas de limite légale de ce type | Pas de limite légale de ce type |
| Activités possibles | Prestations d'expertise pour des entreprises, hors services à la personne | Très larges | Très larges |
| Gestion administrative | Assurée par la société de portage | Légère, à votre charge | Comptabilité complète, avec un expert-comptable |
| Patrimoine de l'entreprise | Aucun, vous n'avez pas d'entreprise | Patrimoine professionnel séparé | Société distincte |
Pour qui le portage salarial est-il fait ?
Le portage a du sens dans plusieurs situations :
- vous testez une activité de conseil et vous ne voulez pas créer de structure avant de savoir si elle tient ;
- vous voulez continuer à cotiser comme un salarié, pour le chômage ou par goût de la sécurité, et vous acceptez de payer ce confort ;
- vous facturez des missions longues et bien payées à des grandes entreprises, qui acceptent volontiers de passer par une société de portage ;
- vous ne voulez rien gérer : pas de comptabilité, pas de déclarations, pas de TVA à collecter vous-même.
À l'inverse, le freelance à son compte devient plus intéressant quand l'activité est installée, que votre chiffre d'affaires progresse, que vous avez des frais à déduire, plusieurs clients en même temps, ou l'envie de construire une entreprise qui a une valeur propre. Beaucoup de consultants commencent en portage puis passent en société au bout d'un ou deux ans, une fois le carnet d'adresses constitué.
On en parle ?
Vous avez une simulation de portage entre les mains et vous voulez la comparer à une micro-entreprise ou à une SASU ? Envoyez-la-moi, je refais le calcul avec vos chiffres. Le cabinet est à La Ciotat et accompagne des freelances partout en France : tout est détaillé sur la page expert-comptable freelance, et vous pouvez m'appeler au 06 95 85 95 01.

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Vos questions, nos réponses
Est-ce que le portage salarial donne droit au chômage ?
Oui. Le salarié porté cotise à l'assurance chômage comme un salarié classique. À la fin de son contrat, il peut ouvrir des droits à l'allocation chômage s'il remplit les conditions de droit commun de l'assurance chômage, appliquées par France Travail.
Qui peut faire du portage salarial ?
Un professionnel qui justifie d'une expertise, d'une qualification et d'une autonomie suffisantes pour trouver ses clients et négocier ses prix. En pratique, la branche demande un niveau bac + 2 ou au moins trois ans d'expérience dans le même secteur. Les services à la personne sont exclus.
Quel salaire minimum en portage salarial en 2026 ?
Le Code du travail renvoie à un accord de branche étendu. Comme la convention collective du portage salarial (IDCC 3219) est étendue, ce sont ses minimums qui s'appliquent, selon le niveau d'expérience du salarié porté. Le minimum légal de 75 % du plafond mensuel de la Sécurité sociale, soit 3 003,75 € brut en 2026 pour un temps plein, ne joue qu'à défaut d'accord.
Combien coûtent les frais de gestion du portage salarial ?
Chaque société de portage fixe librement ses frais, en général sous forme de pourcentage du chiffre d'affaires facturé. Comparez les offres sur les services inclus et demandez une simulation sur votre propre tarif.
Combien de temps peut durer une mission en portage salarial ?
Une prestation chez une même entreprise cliente ne peut pas dépasser 36 mois. Elle doit porter sur une tâche occasionnelle hors de l'activité normale et permanente du client, ou sur une expertise ponctuelle qu'il n'a pas en interne.
Peut-on cumuler portage salarial et micro-entreprise ?
Rien ne l'interdit par principe, à condition de respecter les clauses de votre contrat de travail, notamment une éventuelle clause d'exclusivité ou de non-concurrence, et de bien séparer les missions de chaque cadre. Faites vérifier votre contrat avant de vous lancer.
Portage salarial ou SASU : lequel rapporte le plus ?
À chiffre d'affaires égal, la SASU laisse en général plus de revenu, surtout si vous vous rémunérez en partie en dividendes, mais sans chômage. Le portage coûte plus cher et vous garde salarié. La comparaison se fait sur votre tarif, vos frais et votre besoin de protection.
Sources officielles
- Portage salarial, code.travail.gouv.fr
- Article L1254-1 du Code du travail, code.travail.gouv.fr
- Article L1254-2 du Code du travail (expertise, autonomie, rémunération minimale), code.travail.gouv.fr
- Article L1254-3 du Code du travail (recours par l'entreprise cliente), code.travail.gouv.fr
- Article L1254-4 du Code du travail (durée de 36 mois), code.travail.gouv.fr
- Article L1254-5 du Code du travail (services à la personne), code.travail.gouv.fr
- Articles L1254-24 et L1254-26 du Code du travail (activité exclusive, garantie financière), code.travail.gouv.fr
- Convention collective de branche des salariés en portage salarial du 22 mars 2017 (IDCC 3219), code.travail.gouv.fr
- Fiche thématique Portage salarial, Lefebvre Dalloz
- Ordonnance n° 2015-380 du 2 avril 2015 relative au portage salarial, legifrance.gouv.fr
- Indépendants : dans quels cas utiliser le portage salarial ?, economie.gouv.fr
- Plafond de la Sécurité sociale 2026, urssaf.fr
- Cotisations sociales du micro-entrepreneur, entreprendre.service-public.gouv.fr
- ARE, ARCE, Acre : créer son entreprise quand on est chercheur d'emploi, le guide 2026, francetravail.fr



