
La réponse courte. En SASU, pour un même bénéfice, se payer en dividendes ou en salaire laisse souvent un net assez proche avant impôt sur le revenu : les dividendes supportent l'impôt sur les sociétés puis le PFU de 31,4 %, le salaire supporte environ 72 % de cotisations en plus du net mais réduit l'impôt sur les sociétés. La différence se fait sur trois points : l'impôt sur le revenu dû sur le salaire, la protection sociale que seul le salaire ouvre, et la trésorerie. Dans beaucoup de cas, une petite rémunération qui valide quatre trimestres de retraite, complétée par des dividendes, est un bon point de départ.
« Les dividendes, c'est moins de charges, donc c'est mieux. » C'est la phrase que j'entends le plus souvent sur ce sujet, et c'est un raccourci. Les dividendes évitent les cotisations, mais ils passent d'abord par l'impôt sur les sociétés puis par le prélèvement forfaitaire unique. Le salaire, lui, est chargé, mais il fait baisser l'impôt de la société. Une fois tout additionné, l'écart est souvent bien plus faible qu'on ne l'imagine.
Plutôt que de trancher par principe, je vous propose de faire le calcul. Cet article se concentre sur le président de SASU, le cas le plus fréquent chez les freelances, et sur une seule question : salaire ou dividendes, pour un même bénéfice. Si vous cherchez plutôt le montant total à vous verser, voyez l'article sur combien se verser comme président de SASU ; pour les cotisations ligne par ligne, celui sur les taux et le calcul des charges sociales en SASU. Pour le gérant d'EURL, la logique change, car ses dividendes peuvent supporter des cotisations : je l'explique dans le comparatif SASU ou EURL.
Dividendes ou salaire : que devient chaque euro versé ?
Un euro versé en salaire est une charge pour la société. Il échappe à l'impôt sur les sociétés, mais il supporte les cotisations patronales et salariales du président, puis l'impôt sur le revenu dans la catégorie des traitements et salaires. En 2026, le président de SASU cotise aux taux pleins du régime général, sans assurance chômage ni allègements : en ordre de grandeur, pour 1 € net, la société débourse environ 1,72 €. Le détail est dans l'article sur les charges sociales en SASU.
Un euro distribué en dividende a d'abord été soumis à l'impôt sur les sociétés : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice pour les sociétés éligibles au taux réduit, 25 % au-delà. Le dividende supporte ensuite, par défaut, le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Il ne supporte aucune cotisation sociale et n'ouvre aucun droit à la retraite ni aux indemnités journalières.
Autrement dit, au PFU, l'impôt sur le revenu du dividende est réglé dès le versement par l'acompte de 12,8 % prélevé par la société, qui s'impute ensuite sur l'impôt final. Le salaire, lui, supporte encore l'impôt au barème, prélevé à la source puis régularisé avec votre déclaration de revenus.
Le calcul 2026 : quatre scénarios pour 50 000 € de bénéfice
Prenons une SASU imaginaire, celle d'une consultante dont l'activité dégage 50 000 € avant toute rémunération de la présidente et avant impôt sur les sociétés.
Hypothèses : exercice de 12 mois, société éligible au taux réduit d'IS (capital entièrement libéré, détenu par une personne physique), réserve légale déjà constituée, taux de cotisations 2026 avec un taux accidents du travail de 0,70 %, pas de prévoyance, hors contribution à la formation professionnelle et taxe d'apprentissage, option pour le PFU, rémunération sous le plafond de la sécurité sociale (48 060 € en 2026). Les montants sont arrondis à l'euro et restent des ordres de grandeur.
| Scénario | Coût du salaire pour la société | Net de salaire (avant IR) | IS | Dividendes nets après PFU | Total net perçu |
|---|---|---|---|---|---|
| A. Tout en salaire | 50 000 € | 29 099 € | 0 € | 0 € | 29 099 € avant IR sur le salaire |
| B. Tout en dividendes | 0 € | 0 € | 8 250 € | 28 641 € | 28 641 € |
| C. Salaire plancher (7 212 € bruts) + dividendes | 9 810 € | 5 709 € | 6 029 € | 23 435 € | 29 144 € avant IR sur le salaire |
| D. 20 000 € de coût salarial + dividendes | 20 000 € | 11 639 € | 4 500 € | 17 493 € | 29 132 € avant IR sur le salaire |
Le détail du scénario B, pour vérifier : l'IS est de 15 % sur 42 500 € (6 375 €) plus 25 % sur 7 500 € (1 875 €), soit 8 250 €. Il reste 41 750 € distribuables. Le PFU à 31,4 % prélève 13 109 €, et la présidente encaisse 28 641 €.
Ce que montre ce tableau
Avant impôt sur le revenu, les quatre scénarios se tiennent dans un mouchoir d'environ 500 €. Ce qui les sépare vraiment se trouve ailleurs.
L'impôt sur le revenu sur le salaire. Dans les scénarios A, C et D, le salaire doit encore être déclaré, après la déduction de 10 % pour frais professionnels. Son poids dépend de votre foyer fiscal et de vos autres revenus. Pour le scénario A, il peut représenter plusieurs centaines à quelques milliers d'euros, ce qui fait passer le « tout salaire » derrière le « tout dividendes » en net immédiat. Pour le salaire plancher du scénario C, l'impôt reste faible, voire nul selon votre situation. À l'inverse, si votre taux marginal est faible, l'option pour le barème présentée plus bas peut alléger nettement l'impôt sur les dividendes des scénarios B, C et D.
Les droits sociaux. Le scénario B ne valide aucun trimestre de retraite. Le scénario C valide les quatre trimestres de l'année, puisque 7 212 € bruts correspondent en 2026 à quatre fois le seuil de 1 803 € par trimestre. Le scénario A ouvre les droits les plus élevés : retraite de base et complémentaire calculées sur un vrai salaire, indemnités journalières plus confortables.
Le calendrier. Le salaire arrive chaque mois. Les dividendes, eux, ne peuvent être votés qu'après la clôture de l'exercice et l'approbation des comptes, sauf acompte sur dividendes (voir plus bas) : la présidente du scénario B vit un an sans revenu de sa société, sauf à piocher dans son épargne.
C'est pour cette raison que le scénario C, rémunération plancher et dividendes, revient si souvent chez les freelances : il coûte quasiment le même prix que le tout dividendes et sécurise la durée d'assurance retraite.
Et quand le bénéfice grimpe à 100 000 € ?
Avec plus de bénéfice, une partie passe dans la tranche d'IS à 25 %, et la rémunération devient plus intéressante, puisqu'elle fait baisser l'impôt de la société au taux fort. Mêmes hypothèses, avec 100 000 € de bénéfice avant rémunération :
| Scénario | Net de salaire (avant IR) | IS | Dividendes nets après PFU | Total net perçu |
|---|---|---|---|---|
| Tout en dividendes | 0 € | 20 750 € | 54 366 € | 54 366 € |
| Salaire plancher + dividendes | 5 709 € | 18 298 € | 49 318 € | 55 027 € avant IR sur le salaire |
| 30 000 € de coût salarial + dividendes | 17 459 € | 13 250 € | 38 931 € | 56 390 € avant IR sur le salaire |
| 50 000 € de coût salarial + dividendes | 29 099 € | 8 250 € | 28 641 € | 57 739 € avant IR sur le salaire |
L'écart avant impôt sur le revenu s'élargit en faveur du salaire, jusqu'à environ 3 400 € entre les deux extrêmes. Selon votre taux marginal d'imposition, l'impôt sur le revenu dû sur le salaire peut absorber une bonne partie de cet écart, voire davantage. C'est exactement le genre de calcul qu'il faut refaire avec votre foyer fiscal réel, et pas avec une règle générale.
L'option pour le barème : utile dans certains cas
Par défaut, les dividendes subissent le PFU. Vous pouvez opter, dans votre déclaration de revenus, pour l'imposition au barème progressif. Dans ce cas, les dividendes bénéficient d'un abattement de 40 % et une partie de la CSG devient déductible, mais les prélèvements sociaux de 18,6 % restent dus sur le montant brut.
Cette option peut être intéressante si votre taux marginal d'imposition est faible (0 % ou 11 %). Attention, elle est globale : elle s'applique à l'ensemble de vos revenus de capitaux mobiliers et plus-values de l'année, pas seulement aux dividendes de votre SASU. Je la teste systématiquement lors de la déclaration de revenus des clients qui ont perçu des dividendes.
Ce que la société doit faire quand elle verse des dividendes
Les dividendes ne se versent pas au fil de l'eau. La procédure, en SASU :
- clôturer l'exercice et établir les comptes annuels ;
- approuver les comptes et décider l'affectation du résultat par une décision de l'associé unique, dans les six mois de la clôture, en dotant si besoin la réserve légale (5 % du bénéfice tant qu'elle n'atteint pas 10 % du capital) ;
- verser les dividendes, au plus tard neuf mois après la clôture ;
- prélever et reverser à l'administration fiscale, lors du paiement, les prélèvements sociaux de 18,6 % et l'acompte d'impôt sur le revenu de 12,8 %, avec la déclaration n° 2777-SD, dans les quinze premiers jours du mois qui suit le versement.
Vous pouvez demander à être dispensé de l'acompte de 12,8 % si votre revenu fiscal de référence de l'avant-dernière année est inférieur à 50 000 € (personne seule) ou 75 000 € (couple soumis à imposition commune), en faisant la demande à la société avant le 30 novembre de l'année précédant le versement. La dispense porte sur l'acompte, pas sur l'impôt final ni sur les prélèvements sociaux.
Un acompte sur dividendes avant l'approbation des comptes est possible, mais sous conditions strictes : un bilan établi en cours ou en fin d'exercice, certifié par un commissaire aux comptes (à désigner pour l'occasion si la société n'en a pas), doit faire apparaître un bénéfice suffisant, et l'acompte ne peut pas le dépasser. Pour la plupart des freelances, ce n'est pas un outil du quotidien. Nous prenons en charge l'approbation des comptes et la décision de distribution dans le cadre du juridique annuel.
Dividendes ou salaire : comment trancher ?
De quoi avez-vous besoin pour vivre, et quand ? Si vous avez besoin d'un revenu chaque mois dès la première année, une rémunération est difficile à éviter. Les dividendes arrivent au mieux quelques mois après la clôture.
Quelle protection sociale voulez-vous ? Sans salaire, pas de trimestres ni d'indemnités journalières par la SASU. Si vous n'avez aucune autre couverture, c'est un vrai risque, pas un détail.
Où se situe votre bénéfice ? Sous 42 500 €, la rémunération n'économise que 15 % d'IS. Au-delà, elle en économise 25 %, et le salaire regagne de l'intérêt.
Avez-vous un projet bancaire ? Une banque regarde vos revenus réguliers. Une rémunération stable se présente mieux qu'une succession de dividendes variables.
Comptez-vous réinvestir ? Le bénéfice que vous ne distribuez pas reste dans la société, après un IS de 15 % sur la première tranche. Pour un dirigeant qui veut investir ou détenir plusieurs sociétés, une holding peut entrer dans la réflexion.
Pour fixer le salaire de départ, l'article sur la rémunération du président de SASU détaille qui décide, comment et les erreurs à éviter.
Faisons tourner vos propres chiffres
Ces scénarios reposent sur une société imaginaire. Les vôtres dépendent de votre bénéfice réel, de votre foyer fiscal et de vos priorités. C'est le cœur de notre accompagnement en rémunération du dirigeant : je compare les scénarios avec vos chiffres, puis Cockpit, notre tableau de bord, affiche en temps réel ce que la société peut vous verser sans fragiliser sa trésorerie. Appelez-moi au 06 95 85 95 01, ou venez en parler au cabinet, à La Ciotat.

Une question sur votre statut, votre TVA ou votre rémunération ? Prenez 15 minutes avec moi, on fait le point sur votre situation.
Vos questions, nos réponses
Vaut-il mieux se verser des dividendes ou un salaire en SASU ?
Avant impôt sur le revenu, l'écart est souvent faible pour un même bénéfice. Les dividendes évitent les cotisations mais n'ouvrent aucun droit social, le salaire est chargé mais réduit l'impôt sur les sociétés et valide votre retraite. Le bon choix dépend de votre foyer fiscal, de votre besoin de revenus réguliers et de la protection sociale souhaitée.
Quel est le taux d'imposition des dividendes en 2026 ?
Par défaut, le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % : 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Sur option globale, ils peuvent être soumis au barème progressif avec un abattement de 40 %, les prélèvements sociaux restant dus.
Peut-on se verser uniquement des dividendes en SASU ?
Oui. Aucune cotisation n'est alors due, mais vous ne validez aucun trimestre de retraite et n'avez pas d'indemnités journalières au titre de la SASU. Les dividendes ne sont par ailleurs disponibles qu'après la clôture et l'approbation des comptes.
Quel salaire minimum se verser en SASU pour valider sa retraite ?
En 2026, 1 803 € bruts valident un trimestre, et 7 212 € bruts sur l'année valident les quatre trimestres. Le coût pour la société est d'environ 9 800 € en ordre de grandeur.
Les dividendes de SASU sont-ils soumis aux cotisations sociales ?
Non, pour le président de SASU. Ils supportent seulement les prélèvements sociaux de 18,6 %. C'est différent en EURL, où la part qui dépasse 10 % du capital, des primes d'émission et des comptes courants d'associé est soumise aux cotisations des indépendants.
Quand peut-on se verser des dividendes ?
Après la clôture de l'exercice, une fois les comptes approuvés et la distribution décidée par l'associé unique. Le versement doit intervenir au plus tard neuf mois après la clôture.
Sources officielles
- Imposition des dividendes perçus par les associés, entreprendre.service-public.gouv.fr
- Évolution du prélèvement forfaitaire unique, entreprendre.service-public.gouv.fr
- Impôt sur les sociétés : taux, entreprendre.service-public.gouv.fr
- Rémunération du dirigeant d'entreprise, entreprendre.service-public.gouv.fr
- Taux de cotisations du secteur privé, urssaf.fr
- Cotisations au régime Agirc-Arrco en 2026, agirc-arrco.fr
- Circulaire Cnav 2025-33 du 23 décembre 2025 (seuil de validation d'un trimestre en 2026), lassuranceretraite.fr
- Code de commerce, article L227-9 (approbation des comptes en SASU), legifrance.gouv.fr
- Code de commerce, article L232-10 (réserve légale), legifrance.gouv.fr
- Code de commerce, article L232-12 (acomptes sur dividendes), legifrance.gouv.fr
- Code de commerce, article L232-13 (délai de mise en paiement), legifrance.gouv.fr
- Taux réduit d'IS des PME (BOI-IS-LIQ-20-10), BOFiP
- Article L136-3 du Code de la sécurité sociale (dividendes des TNS au-delà de 10 %), legifrance.gouv.fr



