
La réponse courte. Le versement libératoire permet à un auto-entrepreneur de payer son impôt sur le revenu en même temps que ses cotisations, à un taux fixe sur le chiffre d'affaires : 1 % pour la vente de marchandises, 1,7 % pour les prestations de services BIC, 2,2 % pour les activités libérales (BNC). Il est réservé aux foyers dont le revenu fiscal de référence de l'avant-dernière année ne dépasse pas, par part, la limite de la deuxième tranche du barème : 29 315 € pour une option en 2026, 29 579 € pour une option en 2027. L'option se demande à l'Urssaf avant le 30 septembre pour l'année suivante, ou dans les trois mois qui suivent la création. En règle générale, il fait gagner de l'argent aux foyers imposables dans la tranche à 11 % et en fait perdre aux foyers non imposables.
Le versement libératoire a une excellente réputation : « tu paies 2,2 % et c'est fini ». Dans beaucoup de cas, c'est vrai et c'est même une très bonne affaire. Dans d'autres, c'est un impôt payé pour rien, par quelqu'un qui n'en aurait pas payé du tout au barème. Le problème, c'est qu'on choisit souvent cette option le jour de l'immatriculation, en cochant une case, sans faire le moindre calcul.
Je vous explique ici comment fonctionne le versement libératoire, qui y a droit en 2026 et en 2027, les dates à respecter et surtout la méthode pour savoir s'il vous fait gagner ou perdre de l'argent. Pour le reste de vos prélèvements, l'article sur les taux de cotisations auto-entrepreneur 2026 donne le tableau complet.
Le versement libératoire, comment ça marche ?
Sans option, votre impôt sur le revenu est calculé chaque année sur votre chiffre d'affaires diminué d'un abattement forfaitaire (71 % pour la vente, 50 % pour les prestations BIC, 34 % pour les BNC). Ce revenu s'ajoute aux autres revenus du foyer et passe au barème progressif. En cours d'année, vous payez des acomptes de prélèvement à la source.
Avec le versement libératoire, l'impôt lié à votre activité est réglé à chaque déclaration de chiffre d'affaires, mois par mois ou trimestre par trimestre, à un taux fixe :
| Activité | Taux du versement libératoire | Total avec les cotisations 2026 |
|---|---|---|
| Vente de marchandises, restauration, hébergement (BIC) | 1 % | 13,3 % |
| Prestations de services commerciales ou artisanales (BIC) | 1,7 % | 22,9 % |
| Activités libérales (BNC) | 2,2 % | 27,8 % (25,4 % pour la Cipav) |
Ce n'est pas un impôt en plus : c'est votre impôt sur le revenu, payé autrement. Une fois versé, il est libératoire, c'est-à-dire que ce chiffre d'affaires ne sera plus imposé au barème. Le paiement se fait avec la déclaration Urssaf, sur le même écran, sans démarche supplémentaire (la démarche est détaillée dans l'article sur la déclaration Urssaf de l'auto-entrepreneur).
Quelles conditions pour le versement libératoire en 2026 et 2027 ?
Trois conditions cumulatives, posées par l'article 151-0 du code général des impôts :
- Relever du régime micro-fiscal (micro-BIC ou micro-BNC), donc rester sous les plafonds de chiffre d'affaires. Le détail est dans l'article sur le plafond de la micro-entreprise.
- Relever du régime micro-social, ce qui est automatique pour un auto-entrepreneur.
- Respecter un plafond de revenu fiscal de référence (RFR).
Le plafond de revenu fiscal de référence
Pour opter au titre d'une année N, le revenu fiscal de référence de votre foyer de l'année N-2 ne doit pas dépasser, par part de quotient familial, la limite supérieure de la deuxième tranche du barème appliqué l'année N-1 à ces revenus. Cette limite est majorée de 50 % par demi-part supplémentaire. En pratique, vous regardez le RFR qui figure sur votre dernier avis d'imposition.
| Composition du foyer | Option pour 2026 (RFR 2024) | Option pour 2027 (RFR 2025) |
|---|---|---|
| Personne seule (1 part) | 29 315 € | 29 579 € |
| Couple marié ou pacsé (2 parts) | 58 630 € | 59 158 € |
| Couple avec un enfant (2,5 parts) | 73 287,50 € | 73 947,50 € |
| Couple avec deux enfants (3 parts) | 87 945 € | 88 737 € |
Le RFR se compare à la composition du foyer de cette même année N-2. Pour l'option au titre de 2028, la limite dépendra du barème que fixera la loi de finances pour 2027 : elle n'est pas encore connue à la date de cet article.
Une subtilité que je rencontre souvent : le RFR est calculé comme si vous n'aviez pas le versement libératoire. Votre chiffre d'affaires, après abattement, y figure donc toujours. Un auto-entrepreneur dont l'activité décolle peut ainsi perdre le droit au versement libératoire deux ans plus tard, simplement parce que son RFR a grimpé.
Quand et comment opter pour le versement libératoire ?
| Situation | Date limite | Effet |
|---|---|---|
| Création d'activité | Au plus tard le dernier jour du 3e mois qui suit celui de la création | Dès le début d'activité |
| Activité en cours | Au plus tard le 30 septembre | 1er janvier de l'année suivante |
| Renonciation | Au plus tard le 30 septembre | 1er janvier de l'année suivante |
La demande se fait auprès de l'Urssaf, depuis votre espace en ligne sur autoentrepreneur.urssaf.fr. Le changement est possible une fois par an.
À la date de cet article, la fenêtre pour 2027 est donc refermée depuis le 30 septembre 2026. Si vous êtes déjà en activité, la prochaine décision porte sur 2028, avec une demande avant le 30 septembre 2027. Si vous créez votre micro-entreprise maintenant, vous pouvez encore opter dans les trois mois qui suivent la création, avec la condition de RFR applicable à l'année de début d'activité.
Un oubli fréquent : le prélèvement à la source. L'option ne supprime pas automatiquement les acomptes que l'administration fiscale a pu mettre en place sur votre activité. Service-Public rappelle qu'il faut les arrêter vous-même dans votre espace particulier sur impots.gouv.fr, rubrique « Gérer mon prélèvement à la source ». Sinon, vous payez deux fois en cours d'année, et vous attendez le remboursement l'été suivant.
Faut-il choisir le versement libératoire ?
La bonne question n'est pas « 2,2 %, c'est peu ? » mais « combien paierais-je sans ? ». Au barème, l'impôt sur votre activité dépend de votre taux marginal d'imposition (TMI), c'est-à-dire du taux de la tranche dans laquelle tombe le dernier euro de revenu de votre foyer.
Voici l'impôt dû pour 10 000 € de chiffre d'affaires, au barème (après abattement) et avec le versement libératoire :
| Activité | TMI 0 % | TMI 11 % | TMI 30 % | Versement libératoire |
|---|---|---|---|---|
| Vente (abattement 71 %) | 0 € | 319 € | 870 € | 100 € |
| Prestations BIC (abattement 50 %) | 0 € | 550 € | 1 500 € | 170 € |
| BNC (abattement 34 %) | 0 € | 726 € | 1 980 € | 220 € |
La lecture est sans ambiguïté :
- foyer non imposable : le versement libératoire vous fait payer un impôt que vous ne devriez pas ;
- foyer dans la tranche à 11 % : le versement libératoire coûte trois fois moins cher que le barème ;
- tranche à 30 % : l'écart est encore plus grand, mais cette situation reste rare, puisque la condition de RFR réserve l'option aux foyers dont le revenu, deux ans plus tôt, ne dépassait pas la tranche à 11 %. Elle se présente surtout quand vos revenus ont fortement augmenté depuis.
Deux nuances, qui comptent dans les cas limites. D'abord, la décote, qui allège l'impôt des foyers peu imposés, joue en faveur du barème. Ensuite, les revenus soumis au versement libératoire restent pris en compte pour déterminer le taux d'imposition applicable aux autres revenus de votre foyer. Ils ne sont pas imposés une seconde fois, mais ils peuvent faire monter le taux appliqué au salaire de votre conjoint, par exemple. Pour trancher, rien ne remplace une simulation complète sur le simulateur d'impots.gouv.fr, avec et sans l'option.
Deux exemples fictifs
Une traductrice imaginaire, célibataire, sans autre revenu, encaisse 15 000 € par an en BNC. Au barème, son revenu imposable est de 15 000 € × 66 % = 9 900 €, sous la première tranche du barème des revenus 2025 (11 600 €). Son impôt est nul. Avec le versement libératoire, elle paierait 15 000 € × 2,2 % = 330 € par an, pour rien.
Un développeur imaginaire, marié, dont le foyer est imposé dans la tranche à 11 % et y reste, encaisse 20 000 € en BNC. Au barème, son activité ajoute environ 20 000 € × 66 % × 11 % = 1 452 € d'impôt. Avec le versement libératoire, il paie 20 000 € × 2,2 % = 440 €. L'économie avoisine 1 000 € par an, avant les effets de la décote et du taux effectif.
Même statut, même activité, conclusions opposées : c'est tout le sujet.
Ce que le versement libératoire ne change pas
- La déclaration de revenus reste obligatoire. Chaque printemps, vous reportez votre chiffre d'affaires sur la déclaration n° 2042 C PRO, dans les cases prévues pour les micro-entrepreneurs ayant opté. Ce n'est pas une double imposition : l'administration en a besoin pour calculer votre RFR et le taux de votre foyer.
- Les cotisations sociales restent les mêmes. Le versement libératoire ne touche qu'à l'impôt.
- La sortie peut être subie. L'option tombe si votre RFR dépasse le plafond, si vous perdez le régime micro après deux années consécutives de dépassement des plafonds de chiffre d'affaires, ou si vous optez pour les cotisations minimales auprès de l'Urssaf.
Mon conseil
Ne cochez pas la case par réflexe le jour de la création. Prenez votre dernier avis d'imposition, regardez votre RFR et votre taux marginal, et faites la simulation avec et sans. Puis refaites-la chaque été avant le 30 septembre : un mariage, une naissance, un conjoint qui change d'emploi ou une activité qui décolle suffisent à inverser le résultat.
C'est un point que nous vérifions systématiquement pour les micro-entrepreneurs que nous accompagnons, avec le choix entre franchise de TVA et assujettissement volontaire. Le détail est sur la page expert-comptable pour micro-entrepreneur.
On en parle ?
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Vos questions, nos réponses
Quel est le taux du versement libératoire en 2026 ?
1 % du chiffre d'affaires pour la vente de marchandises, la restauration et l'hébergement, 1,7 % pour les prestations de services commerciales ou artisanales, et 2,2 % pour les activités libérales relevant des BNC.
Quel revenu fiscal de référence pour le versement libératoire ?
Pour une option en 2026, le RFR 2024 du foyer ne doit pas dépasser 29 315 € par part, soit 58 630 € pour un couple sans enfant. Pour une option en 2027, le RFR 2025 ne doit pas dépasser 29 579 € par part, soit 59 158 € pour un couple sans enfant.
Quand faut-il opter pour le versement libératoire ?
Au plus tard le 30 septembre pour une application au 1er janvier suivant. En cas de création, la demande peut être faite jusqu'au dernier jour du troisième mois qui suit celui de la création, avec effet dès le début d'activité.
Peut-on arrêter le versement libératoire ?
Oui, en le demandant à l'Urssaf au plus tard le 30 septembre, pour une sortie au 1er janvier de l'année suivante. Il prend aussi fin automatiquement si votre RFR dépasse le plafond ou si vous quittez le régime micro.
Le versement libératoire est-il intéressant si je ne suis pas imposable ?
Non. Si votre foyer n'est pas imposable, vous ne paieriez aucun impôt au barème sur votre activité. Le versement libératoire vous ferait payer entre 1 % et 2,2 % de votre chiffre d'affaires sans contrepartie.
Faut-il quand même déclarer ses revenus avec le versement libératoire ?
Oui. Le chiffre d'affaires se déclare chaque année sur la déclaration n° 2042 C PRO. Il n'est pas imposé une seconde fois, mais il sert à calculer votre revenu fiscal de référence et le taux d'imposition de votre foyer.
Sources officielles
- Versement forfaitaire libératoire : conditions d'éligibilité (BOI-BIC-DECLA-10-40-10), BOFiP
- Régime fiscal de la micro-entreprise (vérifié le 13 mai 2026), entreprendre.service-public.gouv.fr
- L'essentiel du statut : versement libératoire de l'impôt sur le revenu, autoentrepreneur.urssaf.fr
- Vous souhaitez devenir auto-entrepreneur, diaporama Urssaf d'avril 2026, urssaf.fr
- Barème de l'impôt sur le revenu des revenus 2025, fixé par la loi de finances pour 2026 : deuxième tranche jusqu'à 29 579 € (vérifié le 15 avril 2026), service-public.gouv.fr
- Barème de l'impôt sur les revenus 2024 : deuxième tranche jusqu'à 29 315 € (BOI-IR-LIQ-20-10, § 40), BOFiP
- Question écrite n° 7770 : règle du taux effectif de l'article 197 C du CGI pour les revenus soumis au versement libératoire, assemblee-nationale.fr
- En tant que micro-entrepreneur, ai-je toujours intérêt à opter pour le versement libératoire ?, impots.gouv.fr



